Élizabeth Turgeon

Novembre 2018

Introduction

Ce mois-ci, Lis avec moi a interviewé Élizabeth Turgeon, auteure jeunesse et grande voyageuse ! Après avoir écrit plus d’une douzaine de romans aux quatre coins du globe, Élizabeth nous raconte de petites parcelles des voyages qui l’ont inspiré, et qui l’ont mené à la rédaction de personnages et d’histoires tirés directement de l’endroit visité. Une auteure haute en couleur qui se glisse à 100% dans la peau de ses personnages, vivant leurs émotions et leur quotidien, qu’elle traduit avec brio dans les pages de ses livres. De la Colombie au Myanmar, l’auteure nous fait découvrir, grâce à ses romans, les grands enjeux de notre siècle.  Jetez un coup d’œil à cette entrevue, vous ne serez pas déçu !

Biographie

Élizabeth Turgeon est née à Amos, QC. Elle a étudié le droit à l’université Laval (Québec) et elle a été reçue avocate en 1976. Elle a travaillé plusieurs années dans le milieu des affaires tout en cultivant sa passion pour la musique, le théâtre et la peinture. Depuis 2010, elle se consacre entièrement à l’écriture.

L’auteure a publié une douzaine de romans dont l’action se déroule en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, et en Europe. Elle a écrit chacun de ses livres dans le pays où se situe l’histoire.

Ses romans traitent de sujets aussi variés que les Incas, les Mayas, le bouddhisme, la géographie, la paléontologie, l’histoire de l’art, l’égalité des sexes, la philosophie, l’humour, les grandes mafias, la politique internationale et les grands enjeux de notre siècle. Ses livres s’adressent autant aux filles qu’aux garçons.

Inscrite à La Culture à l’école, elle offre des animations qu’elle adapte aux besoins des professeurs.

 

Quelques questions…

Auparavant dans le monde des affaires, quel est l’élément déclencheur qui vous a fait changer pour le métier d’auteure ? Était-ce un rêve de jeunesse ?

J’ai toujours écrit : des poèmes, des pièces de théâtre, de courtes histoires et beaucoup de récits de voyage que j’accompagnais de dessins et d’aquarelles. Ce sont d’ailleurs des amis qui m’ont poussée à écrire des romans. Lorsque j’ai pris ma retraite, j’ai essayé… et j’ai attrapé la piqure de l’écriture. C’est devenu une véritable passion.

 

Vos livres sont inspirés de vos voyages. Écrivez-vous directement sur place, où vous vous lancez une fois revenue au Québec ?

J’écris directement sur place. Quelquefois, je termine les livres au Québec.

J’aime écrire dans les autobus, dicter mes impressions sur la rue, rédiger dans des endroits différents et me laisser inspirer par l’atmosphère des lieux.

Mon conjoint et moi partons pour de longs mois avec chacun un petit sac que nous prenons dans l’avion. Nous nous déplaçons sans itinéraires précis et mes personnages naissent tout au long du parcours.

 

Vous êtes l’auteure d’une douzaine de livres. Avez-vous une méthode, un « pattern », en bon français, d’écriture ?

En principe, je m’assois et je commence à écrire. Puis, à un moment donné je fais de longues descriptions de mes personnages. J’écris tout : les traits physiques, leur caractère, comment je vois leurs parents, leurs amis, ce qu’ils aiment lire, quelle musique ils préfèrent, la nourriture qui leur plaît, des mauvais et des bons souvenirs de leur enfance, de quoi ils ont peur… Je n’utilise pas toutes ces notes. Elles sont là seulement pour sculpter dans mon esprit la personne. Je pense que le personnage est l’élément central d’un livre.

Par contre, ma méthode diffère selon le genre de roman. J’ai écrit dernièrement un 100 % polar : Trafic fatal paru au printemps 2018 aux Éditions Bayard. J’ai dû recommencer mon roman et faire un plan très détaillé. Il s’agit d’une histoire de trafic et mon enquêteur Tom Cyr est le personnage central. Il reviendra en mars 2019 dans un autre polar. Cette fois, dès le départ j’ai planifié chacun des chapitres du livre.

Le polar est un genre auquel j’avais peu touché. J’ai écrit Trafic fatal à l’hiver 2017 au Laos et je l’ai terminé la même année au Myanmar. J’écrivais en même temps Rohingyas (la suite de La Révolte). J’avais besoin de me concentrer sur le thriller parce que Rohingyas parle d’une crise humanitaire terrible et que je me trouvais dans l’état du Rakhine, là où le drame se produisait. C’était d’ailleurs mon dixième voyage dans la région. C’était assez étrange de passer d’un livre à l’autre. Ça me permettait de prendre du recul.

 

Vous vous êtes inspirée de vos expéditions pour la rédaction de vos romans, quel voyage a été votre préféré et pourquoi?

Deux voyages ont été les plus importants dans ma vie. Le premier est celui où j’ai rencontré mon conjoint. Il est originaire d’Allemagne et il était sur la route déjà depuis un an quand je l’ai rencontré au Mexique. Pendant six mois, nous avons descendu tranquillement à travers le Belize, le Guatémala, la Colombie, l’Équateur, le Pérou et la Bolivie. Nous n’avions aucun itinéraire précis. Nous allions au gré des rencontres et des camions qui arrêtaient pour nous laisser monter à l’arrière.

J’avais déjà à l’époque visité quelques sites mayas pour avoir fait du bénévolat au Honduras à la fin de ma première année de CÉGEP, mais c’est avec David que je commencerai à me passionner pour l’histoire de ces anciennes civilisations. En 1979, nous avons dormi dans les ruines de Tikal (la plus grande cité maya) dans des hamacs accrochés entre 2 arbres au milieu des ruines.

Le deuxième voyage que j’ai préféré fut celui où nos deux filles sont venues nous rejoindre en Inde. Nous avons parcouru le désert du Thar près de la frontière du Pakistan à dos de chameau. Les trois chameliers qui nous accompagnaient préparaient les repas avec les filles. Nous dormions sur le sable, enveloppés dans des couvertures et à la belle étoile.

Eve et Léa ont enseigné aux hommes à écrire leurs noms et de retour à la ville de Jaisalmer, elles ont acheté à chacun un cahier en leur recommandant de demander à chaque touriste de leur apprendre à écrire un mot.

C’était très spécial cette relation que nous avions établie avec ces hommes.

 

À qui faites-vous lire vos histoires en premier ?

À mon conjoint David qui voit tout de suite s’il y a des incohérences, puis à mes deux filles Eve et Léa qui ont toujours des commentaires pertinents. Mais disons qu’elles ne mettent pas de gants blancs pour donner leur opinion.

Combien de temps avez-vous besoin, en moyenne, pour finir d’écrire un livre et quel est le livre sur lequel vous avez travaillé le plus longtemps ?

Mes recherches prennent un mois ou deux. L’écriture, trois mois, puis ce sont les corrections et les améliorations suggérées par l’éditeur. J’aime aller au-delà de mes histoires. J’accepte toujours avec plaisir de fignoler mes récits.

Le livre sur lequel j’ai travaillé le plus longtemps est : La Prochaine fois, ce sera toi ! C’est un roman policier féministe dont l’action se déroule au Québec.

Je suis de la génération des femmes qui avons travaillé très fort pour être acceptées dans tous les domaines d’activité. Et je sais que ces avancées que nous avons obtenues sont extrêmement fragiles. Il est important que les adolescentes et les adolescents connaissent l’histoire de l’émancipation des femmes et qu’ils prennent conscience des rôles que la société tente toujours de nous imposer. Quand je rencontre les élèves, nous parlons des magasins de jouets et des sites internet qui offrent des jeux différents pour les garçons et pour les filles. Est-ce que ça correspond toujours à la réalité ?

La Prochaine fois, ce sera toi est un roman que « je devais écrire ». J’ai choisi d’aborder la question à travers une enquête policière. Je souhaitais que mes lecteurs et lectrices lisent le livre jusqu’à la fin.

 

Quelle est la phase la plus difficile dans la rédaction d’un ouvrage ?

Mettre fin à l’histoire. J’ai toujours de nouvelles idées, mais à un moment donné il faut s’arrêter.

 

Si on vous laissait le choix, avec lequel de vos personnages échangeriez-vous de vie pour 24h ?

Définitivement avec Lili Moka. Elle est le personnage principal dans le livre du même nom.

Cette détective est envoyée en Europe dans le but de visiter des grands musées. Elle doit trouver dans les toiles de grands maîtres des indices menant à un attentat terroriste.

J’ai écrit le livre en me mettant dans sa peau : Lili Moka, c’était moi ! J’ai dicté des chapitres entiers au Louvre, au musée d’Orsay, à la Pinacothèque moderne de Munich ou encore dans le Musée des Offices, à Florence. À cet endroit, je parlais dans mon microphone tout en écoutant la même musique que mon personnage principal entendait dans sa chambre d’hôpital à Montréal.

Vous voyez que je m’amuse à me mettre dans la peau de mes personnages. Même chose dans Le Baiser du lion, un livre écrit en Tanzanie. J’ai dicté dans les autobus, sur la rue… J’ai la chance d’écrire mes livres dans les pays où se situe l’action. Et comme on voyage dans les autobus locaux, je suis constamment près des gens.

Au Pérou, j’ai été inspirée pour Destins croisés en voyant à Arequipa le corps momifié d’une petite fille inca. J’étais en colère. Je me disais qu’on ne pouvait pas montrer ainsi un être humain dans un musée. Alors, mon adolescente Lou va exprimer dans le livre tous les sentiments que j’ai ressentis.

J’aime bien la littérature pour cette porte qu’elle ouvre qui nous permet d’exprimer en toute liberté des idées et des opinions. !

 

En matière de lecture, quels sont vos goûts personnels, et comment choisissez-vous vos livres ?

Je lis tous les genres littéraires et beaucoup de revues sur la philosophie, la science, la politique, l’histoire… Et c’est un peu comme la musique : tantôt tu as envie de te laisser bercer par une mélodie, d’autre fois d’esquisser un pas de danse, ou de fredonner un air ou de te laisser surprendre par quelque chose de nouveau, hors de ta zone de confort. Ma fille Léa me fait connaître plein de nouvelle musique. J’adore ça !

Quel est le plus beau compliment que l’on vous ait adressé sur votre travail ?

Des élèves m’ont écrit une longue lettre pour me donner leur appréciation de mon roman La Révolte qui raconte l’histoire d’un adolescent québécois qui se rend au Myanmar et qui séjourne dans un monastère bouddhiste.

En voici un extrait : « Votre roman nous a permis de voyager. Nous avions vraiment l’impression d’être au Myanmar grâce aux descriptions très évoquantes que vous nous avez données. Nous nous sommes glissés dans la peau de Zack. Ainsi, il était facile de ressentir ce qu’a vécu le protagoniste de l’histoire. En général, les personnages que vous avez peints ont des personnalités riches et attachantes, porteuses d’une belle leçon de vie. Ils nous ont permis de voir le monde d’un œil nouveau. »

Vous vous imaginez ? « Voir le monde d’un œil nouveau ! » Aucun prix ne pourrait me donner un plus grand bonheur !

 

De quelle œuvre êtes-vous la plus fière à ce jour et pourquoi ?

Cette œuvre est « La Révolte ».

J’ai pleuré en écrivant cette histoire. J’étais l’adolescent Zack qui ressentait ce mal de vivre. J’étais Mila qui était amoureuse de lui et qui souhaitait l’aider. J’étais U Tin Maug, le père des amis birmans de Zack, qui avait faim et qui vivait dans la plus grande pauvreté…

J’ai écrit le livre au Myanmar sur une table basse, chancelante. Mon conjoint David avait trouvé une boîte en carton pour que je sois un peu plus à la bonne hauteur, mais l’ordinateur avait toujours tendance à basculer après un certain temps.

Le matin, j’enfourchais mon vélo et j’allais dans le monastère où j’ai situé l’histoire. Je regardais les jeunes garçons aux crânes rasés et portant la longue robe orangée des moines. J’imaginais le jeune québécois Zack avec toute sa tristesse et qui se retrouvait là, parmi ces gens qui cherchent à tout prix à contrôler leurs pensées pour équilibrer leur vie.

C’est un livre qui m’a fait beaucoup réfléchir. Et la suite a paru aux Éditions du Boréal en mars 2018 : Rohingyas.

La Révolte est à l’étude dans plusieurs écoles en secondaire 1 dans les cours de Français ou d’Éthique et de culture religieuse. Lors de rencontres d’animation, les élèves  me demandaient d’écrire la suite de La Révolte. Je savais que je devais leur parler des Rohingyas, cette minorité musulmane rejetée par la majorité bouddhiste du Myanmar. C’était un sujet extrêmement difficile à aborder parce que dans La Révolte, je donne la belle part aux Bouddhistes. Mais je crois que j’ai réussi à exposer le drame des Rohingyas sans entacher la valeur de la philosophie bouddhiste.

Et je suis toujours étonnée de voir à quel point les adolescentes et les adolescents aiment La Révolte. C’est un livre facile à lire, mais qui entraîne les lecteurs dans quelque chose de fondamental et de sérieux.

 

Si on pouvait demander à votre « moi » d’il y a vingt ans ce qu’il pense de votre carrière professionnelle, que dirait-il d’après vous ?

Il dirait :

— Tiens donc ! J’aurais pensé que tu aurais choisi une carrière dans le domaine des arts visuels.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Écrire, peindre, dessiner et… profiter du bonheur d’avoir une petite-fille à qui raconter des histoires.

Pour finir, avez-vous une anecdote sur votre métier ou sur un de vos livres à nous partager ? 

J’ai écrit mon premier roman Le Toucan dans une hutte sur pilotis au bord de la mer en Colombie. Il n’y avait pas d’électricité. Alors, j’ai rédigé tout le livre dans un cahier Canada avec un crayon au plomb. Je riais tellement en écrivant que mes larmes diluaient la mine du crayon. C’est à ce moment-là que j’ai découvert la magie de l’écriture. À un certain moment, l’histoire vient de quelque part et tu écris des trucs que tu n’avais jamais imaginés, comme si quelqu’un te soufflait le récit.

C’était en 2010 et depuis, je n’ai jamais cessé d’écrire.

Bibliographie

Romans

2018 — Rohingyas, Éd. du Boréal, Coll. Inter

2018 — Trafic Fatal, Éd. Bayard, Coll. Crypto

2016 — Captive, Éd. Hurtubise, coll. Atout

2015 — La prochaine fois, ce sera toi, coll. Graffiti, Soulières Éditeur

2015 — La Réglisse rouge, coauteure Eve T.Better, illustrations: P. Colpron, Soulières

2014 — Lili Moka, Éd. du Boréal, Coll. Inter

2014 — Les Pierres silencieuses, Éd. du Boréal, Coll. Inter

2013 — Le Baiser du lion, Éd. Hurtubise, Coll. Atout

2013 — Destins croisés, Éd. du Boréal, Coll. Inter

2012 — La Révolte, Éd. Éd. du Boréal, Coll. Inter

2011 — Le Toucan, Éditions du Boréal, Coll. Inter

Recueil de nouvelles

2015 — 13 peurs, Éd. Bayard Canada (coauteur)

À Venir...

Une animation au Salon du livre de Montréal 2018 autour du livre Rohingyas :

Quand : lundi, le 19 novembre à 11h.

Thème de la rencontre :  Comment la littérature jeunesse peut aider les adolescentes et les adolescents à saisir les enjeux majeurs de ce début de siècle ?

Séances de dédicaces :

Vendredi 16 novembre 2018 

11h à 12h – Boréal/Dimedia
14h à 15h – Bayard

Samedi 17 novembre 2018

de 11h00 à 12h00 – Boréal/Dimedia

Dimanche 18 novembre 2018

11h à 12h – Boréal/Dimedia
12h à 13h – Bayard

Lundi 19 novembre 2018

11h30 à 12h30 – Boréal/Dimedia

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