Mathilde Cinq-Mars

Mathilde Cinq-Mars personnalité du mois septembre

1er septembre 2019

Introduction

Qui dit septembre dit rentrée, et ainsi nouvelle personnalité du mois. Après une petite pause cet été, Lis avec moi revient en force et vous présente la talentueuse illustratrice Mathilde Cinq-Mars. Après des études à l’Université de Strasbourg en arts visuels, Mathilde revient au Québec et illustre à l’aquarelle de petits personnages, des animaux et beaucoup, beaucoup de végétaux ! Depuis quelques années, il est possible de la retrouver dans son atelier à Trois-Rivières, rempli de fleurs séchées. C’est avec une grande gentillesse qu’elle a accepté de faire notre illustration annuelle de 2019-2020 chez Lis avec moi! Découvrez l’univers fascinant et magnifique d’une jeune illustratrice en parcourant son entrevue!

Biographie

Née au Québec, Mathilde Cinq-Mars est diplômée de l’Université de Strasbourg en arts visuels. Illustratrice à la pige, elle dessine à l’aquarelle des végétaux et personnes aux joues roses pour plusieurs maisons d’éditions et magazines. Elle signe les illustrations d’une dizaine de livres, dont Nos Héroïnes (écrit par Anaïs Barbeau-Lavalette), Je suis là, je suis là (écrit par Marie-Francine Hébert) et Le dernier mot (écrit par Caroline Roy-Element). Elle vit et travaille à Trois-Rivières, au Québec, entourée de sa fille, de son conjoint et de beaucoup de fleurs séchées.

Quelques questions…

Comment se déroule une journée typique dans la vie de Mathilde Cinq-Mars? Dessinez-vous selon un horaire précis?

Mon horaire est assez précis, oui! Je dessine pendant l’horaire de garderie/école. Bien que je travaille dans un milieu artistique, je m’impose un vrai horaire de fonctionnaire! Je gère mon temps de façon très efficace de façon à me concentrer 100% à l’illustration durant la semaine, le jour, et 100% à ma famille le soir et la fin de semaine. Durant l’été, je troc une partie de mes journées à l’atelier pour cueillir des fleurs sauvages et cultivées dont j’en fais la vente dans ma région, via le projet Estelle – ferme florale.

Quelles sont vos techniques et médiums préférés?

Je travaille au crayon de plomb (pousse-mine) et à l’aquarelle en pastille, puis je scanne mes dessins. J’utilise Photoshop pour ajuster mes couleurs et mes contrastes et pour ajouter un fond beige ou de papier, lorsque c’est nécessaire.

J’utilise de moins en moins cette technique, mais il m’arrive aussi parfois de faire un montage photo préalable à l’ordinateur, que j’imprime et que j’enduis de peinture acrylique blanche. Une fois sec, je redessine au crayon et à l’aquarelle sur le montage photo en y ajoutant des éléments qui vont au-delà de mon image de base. Cette technique me servait surtout à mes débuts, lorsque j’étais insécure de me lancer sur une feuille blanche ou lorsque j’avais à dessiner des choses qui me posaient problème (des positions de personnages incongrues, des mains (!), des voitures, etc. Dernièrement, j’ai utilisé cette technique au niveau du visage des femmes dans le livre Nos héroïnes afin de pouvoir représenter leurs traits le plus fidèlement possibles.

Vos illustrations sont-elles entièrement faites à la main ou elles sont retouchées à l’ordinateur? Comment procédez-vous ?

Comme dit plus haut, j’utilise l’ordinateur uniquement pour les retouches, la plupart du temps. Je tente de minimiser mon temps de création derrière l’écran. Je n’ai pas de tablette graphique ni de matériel sophistiqué qui me permet ce travail numérique, je m’en tiens donc à mes crayons!

Empreint de douceur et d’humanité, votre style est unique et vos illustrations poussent celui ou celle qui les regarde à chercher un 2e degré, à comprendre l’émotion véhiculée. Est-ce vraiment votre but lorsque vous créez?

Je ne cherche pas à créer de sens cachés intentionnels ou à diriger la personne qui regarde mon image. Je ne fais que dessiner les choses de la première façon qu’elles me viennent en tête, selon ma compréhension du monde (selon ma perception du sujet, mon caractère, mes connaissances, mes valeurs, ma culture, mes expériences). Quand j’entends quelqu’un me parler de son interprétation de mon dessin, je m’aperçois qu’elle est à son tour empreint de sa compréhension du monde et de son unicité. L’art devient une merveilleuse base de réflexion pour comprendre les autres et avoir accès à leur monde personnel et intérieur, et ça, c’est extrêmement touchant dans les deux sens. C’est une chance très grande que j’ai de pouvoir avoir ce dialogue avec les gens via mon métier.

Des éléments de la végétation ornent presque tous vos dessins : fleur, feuille, verdure, plantes, animaux, etc. D’où provient votre inspiration? Quel est l’élément déclencheur d’un tel style?
J’ai une totale obsession pour la nature, principalement les plantes et les fleurs sauvages. Quand je ne dessine pas, je suis dehors ou le nez dans des livres d’identification. J’ai eu la chance d’avoir des colocs qui m’ont initié à cela quand j’étais étudiante et depuis c’est devenu une véritable passion. Les fleurs et les plantes portent des symboliques tellement grandes, il est facile d’ouvrir la porte à l’émotion en les ajoutant aux illustrations. Les souvenirs rattachés aux plantes, à leurs couleurs, leurs odeurs, la saison et le lieu dans lesquelles ont les retrouvent évoquent tellement pour moi, elles réussissent à illustrer presque à chaque fois les émotions que je veux transmettent dans mes images.

4 croquis lire ensemble

Comment faites-vous pour représenter les plantes avec autant de justesse? Les cueillez-vous afin de les reproduire sur papier ?

Depuis des années je cueille, je dessine, j’identifie, je transforme, je cuisine, je mange les plantes autour de moi. J’ai des carnets remplis de ces années ou j’apprenais leurs noms, leurs propriétés, leurs caractéristiques. Quand vient le temps de les dessiner, je les ai en tête, et je suis prête à leur rendre hommage! Quand on me demande de dessiner une plante avec lequel je ne suis pas familière, puisqu’elle est exotique par exemple, je m’aide avec les planches botaniques anciennes pour m’aider à bien les reproduire.

Les livres que vous illustrez comportent toujours un beau message. Êtes-vous pointilleuse dans vos choix de projets?

En effet, je ne fais pas beaucoup de concessions quand il s’agit d’empiéter sur mes valeurs dans mes projets de livre comme dans ma vie en général. Lorsque j’ai commencé en illustration, on m’a demandé de faire des modifications sur le physique de certains personnages (éclaircir la peau, amincir un personnage, changer les cheveux roux pour des cheveux blonds, carrer la mâchoire, rajeunir le visage de la grand-mère, etc.) Cela m’a dérangé, vraiment, que l’on inflige les mêmes standards nocifs, racistes, sexistes, âgistes aux personnages que l’on impose dans la société. Cela m’a aussi vite fait réaliser qu’en tant que créatrice d’images, j’avais la responsabilité de participer positivement ou négativement au monde dans lequel je veux vivre. Si je pense que la littérature jeunesse sert à faire découvrir un monde pluriel aux enfants, il va de soi que je n’accepterai pas d’illustrer un livre qui ne s’inscrit pas dans cette lignée. Aussi, je dois avouer que le luxe d’avoir beaucoup de demandes et de ne jamais manquer de travail me permet d’être plus sélective à cet effet.

Vous avez réalisé la magnifique illustration qui représentera notre année 2019-2020 chez Lis avec moi. Comment avez-vous trouvé l’inspiration pour ce projet ? L’idée vous est-elle venue clairement ou elle est le fruit de longues heures de croquis?

Le sujet était clairement inspirant, j’étais vraiment honoré par cette demande! Quand j’étais étudiante en arts plastiques, je cherchais toujours pendant des heures des idées, car j’avais l’impression d’avoir toujours ‘l’idée de base’, la même que tout le monde. Avec le temps, je me suis bien rendu compte qu’il y a autant d’idées que de personnes. Pour ce projet comme pour les autres sur lesquels je travaille, je jette donc toujours rapidement le plus d’idées possible sur papier (je calcule environ 20 minutes pour cette étape, les idées me viennent rapidement).
Lors de ce «brainstorm» visuel, j’ai demandé à ma sœur Aurélie qui travaille avec moi ce que cela l’inspirait. C’est elle qui a imaginé que la phrase était dite du point de vue du livre, que celui-ci inviterait les gens à le lire! J’ai trouvé son idée super, il n’y avait rien qui ne donnait ce point de vue dans mes croquis ni dans les affiches des années précédentes. Je l’ai soumis avec mes trois autres préférés. L’équipe de Lis avec moi à choisi cette option, et j’étais ravie d’y donner vie avec de la couleur et des détails par la suite!

Vous souvenez-vous de la première illustration jeunesse que vous avez faite ?

Quand j’ai décidé que j’aimerais travailler en illustration, je me suis monté un site web avec un portfolio, comme si je travaillais déjà dans le domaine. J’ai fait une section « éditorial » avec des dessins que je m’amusais à faire sur l’actualité et une section « jeunesse » avec des illustrations que j’avais faites, basées sur des histoires écrites par des ami.es. Je laisse ici une des premières images « style jeunesse » que j’avais réalisées en 2012, à partir d’une histoire écrite par mon amie Priscilla Simard. Comme je n’avais pas de scanneur, je prenais à l’époque mes dessins en photo et je « boostais » les couleurs sur un logiciel gratuit, sur mon ordinateur qui avait un écran de 9 pouces… ça ne m’a pas empêché d’être approché par Planète rebelle à cette époque pour illustrer mon premier livre pour enfant ‘ Chouia, ou es-tu?’, écrit par Marie-Francine Hébert.

Habituellement, à qui faites-vous voir vos illustrations en premier?

À Aurélie, ma sœur qui travaille juste à côté de moi! C’est elle qui gérait ma boutique en ligne cette année, c’est donc elle qui avait la générosité d’être mon premier juge et ma première oreille. Sinon, c’est avec Amélie Dubois (Illustration) et Daphnée Loubot (Atelier Loubot) avec qui je partage mon atelier à Trois-Rivières à qui je fais voir mes illustrations en premier.
Pour les illustrations jeunesse, je les fais toujours passer au comité de Bénédicte, ma belle-fille d’amour de cinq ans, qui n’est pas toujours le juge le plus tendre!

Gardez-vous le compte des illustrations réalisées? Si oui, à combien êtes-vous rendues ?

Oula! Beaucoup! Mon dossier « Illustration » dans mon ordinateur compte 788 dossiers. Si on compte qu’il y a plusieurs images pour chaque dossier…. Disons quelques milliers en 6 ans! Alors avis à celles et ceux qui me disent que je dessine bien, je leur répondrais qu’après 3000 dessins, c’est tant mieux!

Avez-vous un coup de foudre professionnel ?

Difficile de n’en nommer qu’un seul. Outre mes inspirations pour la botanique et les objets artisanaux anciens, ma fascination pour l’illustration a débuté quand j’étais adolescente, avec la découverte du travail d’Isabelle Arsenault via le magazine l’Actualité. Je suis aussi constamment ébahie par l’intelligence des Illustrations de Gérard Dubois ainsi que par l’univers et la pertinence pour de multiples causes sociales de celles de Phoebe Wahl. Sinon, le monde de Tasha Tudor me fait rêver, autant pour ces illustrations que pour l’incroyable jardin de fleurs qu’elle cultivait et le style de vie paysan qu’elle mettait de l’avant.
Je me dois finalement nommer Amélie Dubois, dont j’adore le travail et qui est devenue avec les années, une merveilleuse amie et une collègue de travail irremplaçable!

Quel est le plus beau compliment que l’on vous ait adressé sur votre travail?

J’ai le privilège d’avoir un travail qui m’emmène beaucoup de reconnaissance et de compliments.

L’histoire qui m’a vraiment chamboulée est celle d’une dame souffrant du cancer qui, après avoir reçu une de mes illustrations offertes par sa fille, a demandé d’être enterrée avec cette image. Il s’agissait de l’image d’une petite fille bercée dans le ciel par deux oiseaux qui formaient ses mains.

Je ne peux pas penser à cette histoire sans verser de larmes. Connecter avec quelqu’un dans ce moment intense de sa vie et que cette personne ait envie d’être liée à cette image pour l’éternité, c’est clairement la consécration ultime que l’on pouvait faire à mon travail. Cela me touche, me renverse.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Bien que j’adore la littérature jeunesse et je reconnais sa totale pertinence, je pense essayer de diminuer mon implication dans ce domaine. La longueur du travail que représente l’illustration d’un livre est une charge qui me créer souvent beaucoup de stress. Je vais donc essayer de me concentrer sur les contrats en illustration éditoriale ou à la création d’affiche et de matériel didactique sur la faune et la flore. J’ai adoré cette première saison avec notre projet de ferme florale, et je compte bien remettre à l’année prochaine cette joie d’alterner entre le travail d’atelier et le travail d’agriculture. Je pense que quand on a le privilège de pouvoir arrimer son travail aux saisons, c’est un merveilleux luxe à s’offrir!

Pour finir, avez-vous une anecdote sur votre métier à nous partager ?

Après mes études en arts visuels -et la grève étudiante de 2012- j’ai arpenté pas mal le Québec à la recherche se sens et de ce que je pourrais faire. Je me suis arrêtée dans le Bas-Du-Fleuve ou je me suis inscrite dans un programme d’aide à l’emploi appelé Jeunes volontaires, avec un projet d’illustration, afin de financer secrètement mon projet d’autosuffisance. J’ai été la première surprise quand j’ai commencé à avoir des contrats et j’ai vu que je pourrais en vivre! A ce moment, j’alternais entre des colocations très nombreuses ou des nuits en tente, je n’avais pas voiture, je me nourrissais dans les poubelles ou avec les plantes sauvages. Le seul matériel que j’avais était un carnet de croquis, un pinceau, un crayon et un petit pad d’aquarelle que je traînais dans un petit sac de cuir. Je ne savais pas faire de facture, utiliser un scanneur ni ce qu’était un bleed. J’ai tout appris très vite. Si quelques 6 années plus tard, j’ai un atelier, une voiture, un appartement, un ordinateur avec un grand écran et un cellulaire, je continue d’utiliser les mêmes pinceaux à 1$ et à traîner mon petit pad d’aquarelle partout, que je partage maintenant avec ma fille 🙂

Bibliographie

  • D’autres à venir, encore secrets
  • (Projet en cours/ Current project) / ClockWise Press Inc. / Toronto
  • (À venir) Clarence’s Big Secret / Christine MacGregor Cation & Roy MacGregor/ Owlkids Book / 2019 / Toronto
  • Moitié de poulet / Catherine Gaillard / Edition Planète rebelle / 2019 / Montreal
  • My Mommy, My Mama, My Brother and Me / Natalie Meisner / Nimbus Publishing / 2018 / Toronto
  • Nos héroïnes / Anaïs Barbeau-Lavalette / Edition Marchand de feuilles / 2018 / Montréal
  • Mon lit de rêve/ Gilles Tibo / Edition de l’Isatis / 2018 / Montréal
  • Le dernier mot / Caroline Roy-Element / Mécanique Générale / 2017 / Montréal
  • Mr Mergler, Beethoven and Me / Second Story Feminist Book Press Inc. / 2017 / Toronto
  • Léonard et le compostage / Ville de Pointe-Claire / 2017 / Montréal
  • Je suis là, je suis là / Marie-Francine Hébert / Editions Druides / 2017 / Montréal
  • Grand Tintamarre! Chansons et comptines acadiennes / La montagne secrète / 2017 / Montréal
  • Chouïa, où es-tu? / Marie-Francine Hébert / Planète rebelle / 2017 / Montréal

À Venir...

Une nouveauté de cette année est que j’ai commencé à donner des cours d’aquarelle, un peu partout au Québec selon mes déplacements. Les gens peuvent suivre les dates sur ma page Facebook. Je fais aussi quelques marchés d’artisans. Pour les livres, et projets d’illustration, tout est toujours secret donc je ne peux rien dire 😛

Consultez les suggestions de lecture de Mathilde juste ici.

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